Bienvenue à Chartainvilliers (28130)

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1914 - 1918

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1914

A la veille de la guerre 14, Chartainvilliers, dont le lent déclin démographique est amorcé depuis un siècle, compte 306 habitants. Il n’en sera dénombré que 264 au recensement de 1921. Entre temps, la Grande faucheuse aura fait son oeuvre et 24 hommes verront leur nom inscrit sur le monument aux morts du village inauguré en 1921

Un vie locale animée ...

Dans les années qui ont précédé l’an 1914, la vie municipale locale a été animée. Ainsi, en 1911, après la démission de Victor DAUVILLIERS, Maire élu en 1908, il faudra trois conseils municipaux (30 avril, 14 mai et 2 juillet) pour pourvoir à son remplacement par ... lui-même.

En octobre 1911, il sera procédé à une élection municipale partielle suite à la démission de cinq conseillers, soit la moitié des membres du Conseil.

Ferme Touchard_a

Mais la crise municipale couve jusqu’au scrutin municipal de mai 1912, ou M. TOUCHARD Edouard, qui avait en avril 1911 refusé son élection comme Maire, l’accepte cette fois ci.

... par le souci d’améliorer le quotidien

Les raisons de cette bataille locale en est le creusement d’un nouveau puits et l’installation de l’eau courante dans le village. Lors de la séance du Conseil municipal de février 1914, celui-ci décide d’approuver le devis définitif proposé par la maison Brochet, soit 9 222 F, pour le forage d’un puits. Par délibération du 3 juillet 1914, un crédit spécifique de 7 135 F., financé par un emprunt de même montant auprès du Crédit Foncier, sera inscrit au budget pour l’établissement d’un service d’eau potable. En outre, par application de la loi de Finances du 31 mars 1903 qui a autorisé un prélèvement spécial sur les fonds du pari mutuel en vue de subventionner les travaux communaux d’adduction d’eau potable, le service hydraulique a, au cours de l’année 1913, donné un avis favorable sur le projet présenté par la communes de Chartainvilliers. (p.366 Conseil Général d’Eure-et-Loir 1913 – Rapport des Chefs de service, Rapport de l’Ingénieur en Chef Service Hydraulique).

Soucieux d’améliorer la qualité de vie des habitants, dans sa séance du 13 mars 1914, le conseil municipal donne un avis favorable "à l’installation de l’énergie électrique dans la localité et est certain que ce progrès moderne sera bien accueilli par la population". Durant le premier semestre 1914, "Ouest Eclair" du 28/05/1914, nous apprend qu’une épidémie de rougeole a éclaté, notamment à Chartainvilliers. De ce fait, sur le plan militaire, "aucune permission ou congé ne sera accordé pour aller dans ces communes. Tous les hommes qui s’y trouvent actuellement en permission ou en congé y seront maintenus jusqu’à nouvel ordre. L’appel de ces hommes sera reporté à une date ultérieure". 14 maladies contagieuses seront déclarées dans le village durant l’année 1914 (C. Gal 28 rapport de 1915 p.404).

Malgré cette épidémie, trois couples se marient en avril 1914. La même année, deux divorces « aux torts et griefs de la femme avec toutes les conséquences de droit » sont retranscrits dans les actes d’état civil de la Mairie et deux naissances sont enregistrées.

Prémices de guerre

Si les rumeurs de guerre grondent en Europe, la vie n’en continue pas moins son cours. Ainsi, dans le "Concours des Sept merveilles du monde", organisé par le journal "Le Matin", "Julien Rouleau de Chartainvilliers, 15 754e lauréat, a gagné un flacon " Arôme des Fellahs" (Le Matin n°11052 du lundi 1 er juin 1914). Le 28 juin 1914, les événements se précipitent. L’archiduc François-Ferdinand, prince héritier de l’empire austro-hongrois, est assassiné à Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) par un nationaliste serbe. Le jeu des alliances va plonger l’Europe dans l’horreur de la guerre. L’Autriche-Hongrie, alliée de l’Allemagne, déclare le 28 juillet 1914 la guerre à la Serbie. Celle-ci fait appel à la Russie, qui est liée, par le traité de la Triple-Entente, à la France et à la Grande-Bretagne.

Au même moment, dans son rapport au Conseil Général en date du 30 juin 1914, le Directeur des Postes dénombre 1664 abonnés au téléphone en Eure et Loir, et 232 cabines téléphoniques en service. A cette même date, alors qu’un bureau téléphonique, chargé en même temps du service télégraphique, vient d’ouvrir à Yermenonville, il précise que l’installation de bureaux de même nature aura lieu à bref délai dans différentes localités, dont : Chartainvilliers, Ecrosnes et Hanches.

Le 3 juillet 1914, le Maire expose au Conseil que l’administration du téléphone demande à ce que son poste d’abonné au téléphone soit réuni au bureau central de Chartainvilliers. Le Conseil accepte à ce que Mr Touchard se relie au poste central de Chartainvilliers et les frais occasionnés par ce changement seront à la charge de la commune. Lors de la même séance, deux familles du village bénéficie de l’attribution des allocations aux familles nécessiteuses des hommes présents sous les drapeaux en temps de guerre.

Le 12 juillet 1914, le Journal Officiel publie l’arrêté du Ministre de l’Intérieur attribuant à M. Beauchet Marie, sapeur pompier à la subdivision de Chartainvilliers, la médaille d’honneur pour avoir constamment fait preuve de dévouement.

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Le 14 juillet 1914 un bal public est organisé dans le village. Du fait de sa mobilisation, l’animateur de celui-ci, M. Régnier Edmond, qui sera tué en 1917, ne remettra à la Mairie sa note de frais de dix francs que le 9 janvier 1916.

« Le 31 juillet 1914, député, directeur fondateur du quotidien L’Humanité et porte-parole d’un courant pacifiste opposé à la guerre, Jean Jaurès est tué, dans un café de Paris, par le militant nationaliste Raoul Villain. Après sa mort, sous l’impulsion du président Raymond Poincarré, l’idée de "l’Union sacrée" face à l’ennemi prévaut à gauche. Ce concept se traduit par une trêve entre les partis politiques de tous bords et par une réconciliation entre la République et l’Eglise, qui envoie les prêtres au front comme aumôniers et brancardiers ». (La Croix 4/01/2014).

Mais la volonté de revanche a été largement développée depuis la défaite de 1870. Ainsi, dans de nombreuses écoles, à l’instar de celle de Chartainvilliers en 1899 ("La Patriote"), sont créées des sociétés de tir scolaires. Sociétés qui ne limitent pas leur action à l’instruction au tir, mais également à enraciner la discipline militaire. Mairie_La Patriote

Chartainvilliers et la Beauce d’une manière générale auront eu, quelques années auparavant, un avant goût des combats militaires puisqu’en 1900 des manoeuvres de grandes ampleurs se déroulent dans ses environs.

"Les dernières manoeuvres préparatoires du 4° corps d’armée (division contre division) ont lieu aujourd’hui (9 septembre 1900). En arrivant à Maintenon, dans l’après-midi, nous avons vu rentrer, victorieuse, la 8e division (général de Saint-Julien), qui est partie de Paris il y a quelques jours et qui ayant, il est vrai, une certaine supériorité d’artillerie a repoussé, ce matin, une attaque de la 7° (général Niox), du côté de Châteauneuf-en-Thymerais. La charmante petite ville de Maintenon, avec ses ponts et ses grands arbres verts qui se mirent dans les deux bras de l’Eure, était pleine de mouvement : le 124° régiment d’infanterie, de l’artillerie et des chasseurs, le quartier général de la 8° division d’infanterie, ..... donnait un aspect guerrier à l’ancien lieu de repos de la marquise, amie du grand roi tels, à Saint-Cyr, nos brillants élèves-officiers à l’ancien séjour des jeunes filles qu’elle avait tant aimées. Lundi, toutes les troupes doivent se reposer, pour se préparer à la première période des grandes manoeuvres proprement dites corps d’armée contre corps d’armée, qui commencent mardi 11. Le général de Négrier qui, comme on sait, doit présider à la lutte du 4° contre le 10° corps, a traversé aujourd’hui Maintenon, se dirigeant vers Châteauneuf ; ce soir, le général Sonnois, commandant du 4° corps, a établi son quartier général à Chartainvilliers, à environ 6 kilomètres au sud-ouest de Maintenon". (Le Temps 11/09/1900 n°14338).

Premiers jours de mobilisation

Mais l’engrenage se met en marche, en pleine moisson, « Samedi 1914

[1er août 1914] vers 4 heures, l’ordre de mobilisation générale est parvenu à Chartres.

Mobilisation_1914
Comme une traînée de poudre, cette nouvelle, qu’on attendait depuis quelques jours, s’est répandue en ville. … Immédiatement, les communications privées, téléphoniques ou télégraphiques, ont été supprimées et l’administration des Postes et des Télégraphes a accompli l’effort considérable de faire parvenir dans presque toutes les communes du département l’ordre de mobilisation immédiate… Dimanche [2 août 1914], pendant que les réservistes et territoriaux commençaient à rejoindre leur corps, a eu lieu la réception des chevaux et voitures par l’armée… A quelques exceptions près, les prix nous ont paru suffisamment rémunérateurs ; dans tous les cas personne de s’est plaint, c’est à peine si un geste de mécontentement a été esquissé par ceux qui avaient estimé leur cheval un prix supérieur à celui payé. Dans les écoles, préparées pour recevoir les troupes, des escouades de soldats travaillent fiévreusement. Capotes, képis, pantalons, équipement militaire étaient apportés dans des voitures réquisitionnées… Des groupes sont arrêtés devant les affiches. On lit à haute voix la proclamation du président de la République à la nation française et on approuve son attitude énergique et correcte. La soirée de dimanche …les abords de la gare étaient envahis par une foule nombreuse venue là pour chercher des nouvelles. Malheureusement celles-ci manquaient… Aujourd’hui, aucun train de voyageurs ne circule. Les lignes de chemin de fer sont spécialement réservées pour les troupes. D’ailleurs tous les employés sont mobilisés… Les hommes touchés par l’ordre de mobilisation arrivent nombreux ; ils se dirigent aussitôt vers leur casernement où ils sont aussitôt habillés et équipés. Tous montrent beaucoup d’entrain… ». (Journal de Chartres 4 août 1914).

Si la crainte de la guerre et de ses conséquences doivent être présentes, une forme d’insouciance et d’allégresse flottent dans le pays. « ..., la moisson avait du retard et presque tout le monde était aux champs, sauf nous les jeunes… vers deux heures et demie… voilà les gendarmes qui arrivent au grand trot sur leurs chevaux. Ils vont droit à la mairie. Là, ils trouvent le maître d’école, et le maître ressort avec l’affiche dans les mains, l’affiche blanche avec deux drapeaux en croix : MOBILISATION GENERALE. Le maître nous crie : Allez dire à Achille qu’il sonne la trompette, à Cagé de prendre son tambour. Vous, les gars, sonnez le tocsin… ils ont laissé leurs faucheuses ; les charretiers ont ramené leurs chevaux. Tout ça arrivait à bride abattue. Tout ça s’en venait de la terre. Tout le monde arrivait devant la Mairie. Un attroupement. Ils avaient tout laissé. En pleine moisson, tout est resté là. Des centaines de gens devant la mairie. ... On voyait que les hommes étaient prêts.
- Et toi, quand donc tu pars ?
- Je pars le deuxième jour.
- Moi, le troisième jour.
- Moi, le vingt-cinquième jour.
- Oh, t’iras jamais. On sera revenu. ...

Tu aurais vu les gars. C’était quasiment une fête, cette musique là. C’était la Revanche. On avait la haine des Allemands. Ils étaient venus à St-Loup, en 70… Dans l’ensemble, le monde a pris la guerre comme un plaisir. Ils sont partis le lundi. Ils ont laissé leur travail et leur bonne femme comme rien du tout. Le monde était patriote comme un seul homme. Ils parlaient du 75 et du fusil Lebel : à un kilomètre, tu tues un bonhomme. Achille Pommeret, sa femme était malade d’accoucher ; il a pris le tramway à la Bourdinière ; il a pas voulu savoir si c’était un gars ou une fille. ». (extraits de Ephraïm Grenadou/Alain Prévost. Grenadou, paysan français Seuil, réédition, 1978, p.63-64).

3 août 1914 : l’Allemagne déclare la guerre à la France

Après avoir déclaré la guerre à la Russie le 1er août, l’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août 1914. La Grande-Bretagne rentre à son tour dans le conflit le 4 août.

L’affaire de la laiterie MAGGI

Alors que la mobilisation se met en place, les appelés de Chartainvilliers se rendent à leur centre de recrutement de Dreux. Ils y accèdent par la voie ferrée Maintenon-Dreux ouverte aux voyageurs depuis le 21 août 1887 (elle sera fermée le 20 mai 1940).

Comme souvent en temps de crise, des rumeurs apparaissent sur le comportement des étrangers. Dans le secteur de Maintenon, les agriculteurs qui travaillent pour la laiterie Maggi, propriété d’un industriel suisse, en subissent les conséquences.

Lettre du Président du Syndicat des cultivateurs du rayon de Maintenon adressée au Préfet d’Eure-et-Loir, le 11 août 1914. « Monsieur le Préfet, J’ai l’honneur de vous exposer qu’il y a dans une vingtaine de communes de la région de Maintenon, environ 700 cultivateurs, membres du syndicat, qui ont vendu par contrat le lait à provenir de leurs vaches à la Société Laitière Maggi.

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Or, depuis longtemps des bruits tendancieux circulaient représentant cette société comme étant une société d’espionnage au service de l’Allemagne. Lors de l’ordre de Mobilisation générale, la population parisienne qui exècre tout ce qui est allemand, s’est ruée sur un certain nombre de boutiques et dépôts de cette société laitière, qu’ils ont saccagés. Le résultat fut que le ramassage du lait fut cessé à Maintenon. Le lait manqua à Paris pendant que notre produit nous restait pour compte. Le 8 août, le lait fut ramassé de nouveau au dépôt de Maintenon et continue depuis. Mais cette cessation a fortement impressionné nos populations patriotes et beaucoup de fournisseurs ne veulent plus donner leur lait à cette société, à moins qu’il leur soit prouvé que ce n’est pas une société allemande. C’est pourquoi, je prie Monsieur le Préfet, de bien vouloir présenter à Monsieur le Ministre de l’intérieur, mon humble requête et le prier de nous répondre si les cultivateurs du rayon de Maintenon peuvent continuer d’avoir confiance dans la société Laitière Maggi… Le Président du Syndicat de Maintenon Signé : Gaouabault Cultivateur à Théléville, commune de Bouglainval Par Maintenon. Eure-et-Loir ». (Archives départementales d’Eure-et-Loir M 29, cité p. 15 L’Eure-et-Loir Pendant la Première Guerre Mondiale par JC Farcy CDDP d’Eure et Loir 4e trim 1981)

Dans ce contexte agité, sous la Présidence de l’Adjoint du fait de la mobilisation du Maire, en août 1914, le conseil municipal continue à administrer les affaires communales et décide qu’un cours d’adultes (pour l’apprentissage de l’écriture et de la lecture) sera ouvert pendant l’hiver 1914-15, dans ce but, il inscrit 100 F au budget (dont 25 F pour le chauffage) et sollicite une subvention de l’Etat.

Fin août 1914 : l’armée allemande à 50 kilomètres de Paris

Mais rapidement, les événements militaires tournent à la quasi déroute. L’Allemagne frappe d’abord la Belgique avant de déferler sur la France pour tenter de prendre Paris par l’Ouest. Fin août, les armées allemandes occupent entièrement les Ardennes, partiellement le Nord-Pas de Calais et la Picardie. Elles sont à Senlis, dans l’Oise, à moins de 50 kilomètres de la capitale. Le 30 août quelques bombes sont lâchées sur Paris par l’aviation ennemie. Le 2 septembre, le gouvernement s’installe à Bordeaux. Début septembre 1914, une contre offensive des troupes françaises et britanniques permet de stopper l’avancée allemande et les contraint au repli dans l’Aisne.

Première bataille de la Marne et ses célèbres taxis parisiens réquisitionnés.

"Les taxis parisiens ont-ils vraiment permis de sauver la situation lors de la bataille de la Marne ? Christophe Gué : Les taxis ont transporté seulement cinq bataillons, qui n’ont pas combattu. Mais ils ont été employés en seconde ligne pendant la bataille de l’Ourcq, épisode clé pendant lequel l’action de la 6e armée française sur les arrières de la Ière armée allemande a provoqué sa volte-face et l’a amenée à se désolidariser de la IIème armée. Inquiète de la brèche ainsi créée, la direction suprême allemande a ordonné la retraite. Les taxis de "la Marne" se prêtaient donc bien à une mise en scène faisant d’eux le symbole d’une France capable de se ressaisir dans les pires circonstances C.G. : Pendant ces premiers mois, la guerre telle qu’on l’imaginait n’a pas résisté au choc de la réalité. En dépit des prescriptions des règlements parus depuis 1904, les troupes sont parties en campagne comme à ces grandes manoeuvres où les rares tirs à blanc de canons bien en vue ne les incitaient pas à s’abriter. Subitement, elles ont été prises sous le feu de batteries et de mitrailleuses invisibles. La réalité a eu plus de peine à atteindre les "jeunes Turcs" du grand quartier général (GQG) et des QG d’armées. En position de force depuis l’affaiblissement du haut commandement consécutif à l’affaire Dreyfus, ces officiers d’état-major ambitieux étaient possédés par la mystique de l’offensive. Sans l’action de généraux comme Castelnau ou Lanrezac, le désastre aurait sans doute été total. C.G. : Près du sixième des Français tués pendant la Grande Guerre l’ont été en août et septembre 1914 ! La puissance de destruction des armes modernes face aux "pantalons rouges" rendait inévitable de lourdes pertes. L’Etat-major du général Joffre les a aggravées en sous estimant les effets du feu, à l’instar du service de santé qui prévoyait 85% de blessures légères par balles. (Entretien avec le Lieutenant-colonel Christophe Gué du Service Historique de la Défense, Chargé de cours à l’école de Guerre dans Dossier La Croix du 4/01/2014)

Septembre 1914 : Premiers morts pour Chartainvilliers

C’est le 16 septembre 1914 que le premier habitant de Chartainvilliers, ISAMBERT Victor, soldat au 301e Régiment d’Infanterie, "Mort pour la France",est "tué à l’ennemi" à l’âge de 29 ans à Vaux-Marie dans la Meuse.

Les combats de Vaux-Marie opposent, du 7 septembre 1914 au 10 septembre 1914 pendant la Première Guerre mondiale, le 6e corps de la 3e armée française du général Sarrail au 13e corps de la 5e armée allemande commandée par le Kronprinz. Pendant que la bataille de la Marne se déroule plus à l’ouest, la 5e armée allemande tente d’enfoncer les lignes françaises pour empêcher un transfert de troupe vers la Marne et pour tenter d’encercler la place fortifiée de Verdun. Après trois jours de combats particulièrement meurtriers, les troupes françaises réussissent à bloquer l’avance allemande. Le 10 septembre 1914, l’armée du Kronprinz entame un repli de 30 à 40 km pour s’aligner avec les autres armées allemandes. Une partie des combats fut racontée par Maurice Genevoix, sous-lieutenant du 106e RI, dans son livre Sous Verdun. (wikipedia)

Un second, GUIARD Paul, soldat au 102e Régiment d’Infanterie, décédera le 26 septembre 1914 à Margny-aux-Cerises dans l’Oise, à l’âge de 23 ans. Ces deux soldats tués s’ajouteront aux cinq décès enregistrés durant l’année 1914 dans la commune.

Monument aux morts_1921

De septembre à novembre 1914, le front s’étend de la mer du Nord à la frontière Suisse. Il va se figer derrières les tranchées creusées par chacune des armées en présence. A la guerre de mouvement se substitue la guerre de position. Le gouvernement quitte Bordeaux pour revenir à Paris le 10 décembre 1914.

Arrêt des travaux de forage pour l’eau et solidarité aux blessés

En cette fin d’année 1914, à Chartainvilliers, en l’absence du Maire, mobilisé pour toute la durée de la guerre, en réponse à une première lettre de M. Brochot, puisatier, qui demande s’il y a lieu de reprendre les travaux de forage du puits qui ont été arrêtés par la mobilisation, le conseil municipal du 8 novembre 1914 répond que : "Vu les circonstances actuelles et les difficultés d’approvisionnement pour l’exécution des travaux (il) décide de laisser les travaux dans l’état actuel et de reprendre les affaires après la guerre. Dans sa séance extraordinaire du 15 décembre 1914, à une nouvelle demande de l’entrepreneur des travaux de forage du puits pour l’eau potable, qui vu les frais de location de moteur et autres, désire reprendre les travaux, L’Adjoint au Maire répond : "j’ai l’honneur de vous informer que les membres présents du conseil municipal ne voient pas d’obstacle à ce que les travaux du forage soient repris. Toutefois, vu les difficultés que vous avez (personnel, approvisionnement, transports), la Commune ne veut supporter aucune charge nouvelle par suite de la reprise du travail et le conseil entend rester strictement dans les clauses et conditions du traité que vous avez signé." Du fait de cette exigence, le puisatier ne donnera pas suite à son souhait de reprise des travaux.

Lors de la même réunion, le Conseil décide de voter une somme de cinquante francs pour les soldats et évacués belges du camp d’Auvours, d’allouer cent francs, sur le budget communal, en faveur des blessés du département et d’ouvrir parmi la population une souscription.

* * *

Alors que beaucoup voyaient la victoire "au bout du fusil" et pensaient que le conflit serait de courte durée, après la percée qui amène les armées allemandes aux portes de Paris en septembre 1914, il faut bien déchanter. A fin 1914, la Grande Guerre va s’installer dans la durée, et sera la grande broyeuse de vies humaines. Si Chartainvilliers ne compte que deux soldats tués durant ces cinq premiers mois de conflit, il n’en est pas de même au niveau des différents fronts. Du seul coté français, l’année 1914 conduira à la mort, ou à la disparition, de 300 000 personnes, soit à peine moins que l’ensemble des pertes de l’année 1915 (350 000) et nettement plus que l’année 1916 (250 000), 1917 (165 000) ou 1918 (225 000).

"En cause : pas seulement le pantalon garance trop voyant, que le pouvoir civil a refusé de remplacer par souci de faire des économies, mais bien cette obstination à monter à l’assaut baïonnette au clair au mépris du feu...Les leçons de l’échec de ces premières semaines de guerre dans le domaine stratégique ne seront tirées qu’en 1917. Confronté à l’échec, l’état-major, avec le plein accord du pouvoir civil, persévère et sanctionne avec une extrême sévérité ce qui n’apparaît pas dans la ligne. Plusieurs généraux sont limogés. Et bon nombre des 675 fusillés pour refus de combattre de la première guerre mondiale le sont dès 1914-1915." (Antoine Fouchet dans La Croix du 4/1/2014).

En plus de ces disparitions tragiques, la Grande Guerre va bouleverser considérablement la vie du pays. Les femmes vont remplacer les hommes dans de nombreuses tâches agricoles, mais aussi industrielles. Des prisonniers allemands, mais aussi des réfugiés belges, ou des tunisiens vont être appelés à effectuer une partie des travaux des champs.


1915

1915

« Maintenant tu ne lis pas les journaux. Mais plus tard, méfie-toi de ceux qui cherchent à te faire croire que les peuples sont chacun d’une espèce différente et qu’il faut qu’il y en ait un qui prédomine le leur ; si c’est vrai pour les uns, c’est vrai pour les autres, et c’est la guerre à perpétuité. »


Henri Barbusse Le Feu

Une année meurtrière

Alors qu’on la voyait rapide et victorieuse, la guerre s’installe et sa cruauté apparaît à tous.

A l’image du pays, où 350 000 morts seront dénombrés, l’année 1915 sera, pour les familles de Chartainvilliers la plus meurtrière des quatre années de guerre. Sur les 24 noms mentionnés sur le monument aux Morts, 8, soit le tiers, le sont au titre de l’année 1915.

Pour éviter de démoraliser les populations civiles, une loi est votée dés le 15 janvier 1915 pour interdire toute exhumation et transfert de corps de militaire mort au front.

Cela fait suite à l’interdiction faite à la presse, par le général Commandant la 4e Région militaire, en octobre 1914, de ne pas publier de listes des tués ou des blessés.

« Tac ! Tac ! Pan ! Les coups de fusil, la canonnade. Au-dessus de nous, partout, ça crépite ou ça roule, par longues rafales ou par coups séparés. Le sombre et flamboyant orage ne cesse jamais, jamais. Depuis plus de quinze mois, depuis cinq cents jours, en ce lieu du monde où nous sommes, la fusillade et le bombardement ne se sont pas arrêtés du matin au soir et du soir au matin. On est enterré au fond d’un éternel champ de bataille ; mais comme le tic-tac des horloges de nos maisons, aux temps d’autrefois, dans le passé quasi légendaire, on n’entend que cela lorsqu’on écoute ».
On comprend mieux, dans ces conditions, que cette année 1915 ait pu servir, à partir de notes personnelles rédigées sur le front, de trame au célèbre roman d’Henri Barbusse « Le Feu », Prix Goncourt 1916, dont est extrait le paragraphe précédent.
Ce titre, à lire ou à relire, a d’autant plus sa place dans cette chronique que sa rédaction a été, pour partie, réalisée lors d’une hospitalisation de l’auteur à Courville en 1916.
Peut-être y-a-t-il croisé une habitante de Chartainvilliers, dont le conseil municipal a demandé, en décembre 1915, l’internement à l’hospice des vieillards de cette commune.
Dans cette guerre dévoreuse d’hommes, les blessés sont nombreux et les besoins militaires immenses. Aussi, il convient de soigner au plus vite les moins invalides, pour leur permettre un retour rapide sur le front.
C’est l’une des missions données au département d’Eure-et-Loir. Alors que les structures hospitalières permanentes sont débordées, de nombreux centres de soins temporaires voient le jour dans des institutions collectives ou dans des résidences privées. C’est à la gare de Maintenon, où a été installée une infirmerie, que passe l’immense majorité des évacués du front venant se faire soigner dans le département.
Pour permettre le financement de ces structures, des appels à la générosité sont lancés. Dans sa séance du 8 février 1915, le Conseil municipal de Chartainvilliers décide de voter une somme de cinquante francs pour l’œuvre de la Croix Rouge du Canton de Maintenon. En novembre de la même année, il alloue une somme de vingt-cinq francs pour subvenir aux énormes dépenses de la Société de secours aux Blessés militaires de l’hôpital auxiliaire n°14 installé 23, Boulevard Chasles à Chartres. Soit 1,1% des recettes fiscales communales, perçues au titre de 1915, qui s’élevaient à 6 455,42 frs.
La Guerre a besoin d’argent. Pour faire sortir l’or des placards, et le transformer en emprunts, des actions sont menées sous l’égide de la Banque de France. « Garder son or serait aujourd’hui se montrer mauvais français » affirme le Journal de Chartres du 27 septembre 1915. A cette date, l’équivalent de 6,5 millions de frs d’or ont été apportés par les habitants d’Eure-et-Loir, 800 millions de frs au niveau national.
Des progrès en chirurgie

Il arrive que l’horreur engendre des avancées. Ce sera le cas en matière de chirurgie militaire et civile pour la Première Guerre mondiale.
« Au départ, la doctrine était de renvoyer les blessés vers des hôpitaux de leur région d’origine. Mais ils mettaient souvent deux à trois semaines avant d’arriver. Et beaucoup mouraient de la gangrène en cours de route » (Professeur Blanc).
Aussi, , dés la fin de 1914, il fut décidé d’installer des hôpitaux militaires « de l’avant » à proximité du front.
« C’est à cette époque qu’est né un concept, toujours en vigueur aujourd’hui, celui de « triage » ou « catégorisation » des blessés pour les orienter en fonction de leur état ». (Marc Beaumelle, adjoint au Conservateur du Musée Service de Santé des armées à Paris).

Le conflit participa également au développement de l’anesthésie qui, en 1914, était inexistante sur le front.
« De 1915 à 1917, les chirurgiens utilisèrent du chloroforme qui, peu à peu, fut remplacer par l’éther » (M. Beaumelle). Après l’entrée en guerre des Etats-Unis, dés la fin 1917, les chirurgiens français purent utiliser de nouveaux produits, venus d’outre-Atlantique, en particulier le protoxyde d’Azote.
Pour éviter la propagation de la maladie, une loi du 18 octobre 1915 impose la prise en charge des réformés pour cause de tuberculose dans des structures dédiées.

Suppression de la météo et de l’absinthe

Le 5 février 1915, il est interdit à la presse de publier des bulletins météo, et en mars commencent les premiers rapatriements de civils français des zones occupées par l’Allemagne.

Le 16 du même mois, interdiction de vendre de l’absinthe, ou toute substance spiritueuses de la même famille, afin de permettre une relance de l’économie autour du vin.

Sur le Front, l’enlisement et début d’utilisation des gaz toxiques

Après le « feu vert » donné aux navires français et britanniques pour tenter d’ouvrir un front à l’est et de forcer le passage des détroits des Dardanelles, l’Empire turc, entré en guerre aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, oppose une résistance farouche.
Les troupes alliées rembarqueront le 9 janvier 1916.

Le 18 mars 1915, il est décidé de mettre fin aux attaques en Champagne, 100 000 morts pour un gain de … 3 km.

Le 22 mars, des zeppelins allemands bombardent Chantilly dans l’Oise, et le 22 avril, à Langemark, prés d’Ypres,en Belgique, première attaque au gaz chloré.

Le 26 avril 1915, l’Italie signe le pacte de Londres, change de camp et rejoint ainsi la Triple-Entente (France, Grande-Bretagne, Russie). Faisant partie au tout début de la guerre de la Triple-Alliance avec l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie, elle avait, dans un premier temps, opté pour la neutralité.

Le 7 mai 1915, le "Lusitania" est torpillé près de l’Angleterre par un sous-marin allemand (1 198 morts, dont 120 citoyens des Etats-Unis).
Seuls six des vingt-deux canots de sauvetage peuvent être mis à la mer. En un quart d’heure, à peine, ce paquebot ultramoderne, réquisitionné par la Navy en août 1914 et équipé de 12 canons, s’enfonce rapidement par 93 mètres de profondeur.
L’indignation est générale à travers la planète, en dehors des pays des empires centraux.

W. WILSON, souligne immédiatement le décès de nombreux compatriotes américains, pour menacer l’Allemagne d’une entrée en guerre aux côtés de l’Entente.

L’indignation est telle, que l’Empereur d’Allemagne désavoue le capitaine du sous-marin, lui inflige une sanction, décide au mois d’août suivant de suspendre la guerre sous-marine, et d’offrir aux Etats-Unis une indemnité pour les pertes du Lusitania.

Mais l’évidence de l’abomination de l’acte condamné en 1915, a été mise à mal en 1972, lors de l’ouverture des archives.
L’acte de torpillage d’un navire transportant des civils reste condamnable, mais l’Amirauté britannique, et les autorités Américaines ne sont pas exclues de tout reproche.
En effet, le paquebot transportait, en contrebande, 50 tonnes d’obus et de très grandes quantité de poudre et d’explosifs.

A l’intérieur, tout est à réorganiser

Les difficultés d’approvisionnement se développent. De nombreux vols de poules, de légumes, de bovins, mais aussi de céréales sont enregistrés. Ainsi, à Bouglainval, en août 1915, Mme Letellier a constaté que toute sa récolte d’avoine lui a été volée dans un champ. Elle estime la perte à 150 frs, et n’a aucun soupçon sur l’auteur du vol.


Outre, les hommes mobilisés qui font défaut, c’est l’ensemble de la vie sociale, et économique, qu’il faut réorganiser.

Ainsi, le 2 mai, le Conseil municipal de Dreux demande l’octroi de 100 prisonniers de guerre pour les travaux des champs. Deux cents seront alloués pour l’arrondissement de Dreux.

A Chartainvilliers, des soldats permissionnaires sont affectés aux travaux agricoles. Aussi, dans sa séance du 22 août 1915, le Conseil municipal décide de prendre à la charge de la commune les frais de nourriture pour dix soldats venus faire la moisson, et non encore répartis chez les cultivateurs lors de leur arrivée le soir dans la localité.

Outre des soldats mis en permission, des prisonniers, sont mis, à compter du 3 juillet 1915, à disposition de collectivités exclusivement pour des travaux « en vue d’un intérêt général. Ces prisonniers ne doivent donc jamais être mis à la disposition des particuliers » (Règlement du Ministre de la guerre).

En Eure-et-Loir, pour l’agriculture, il est fait également appel à de la main d’oeuvre coloniale et étrangère, notamment des kabyles algériens et des jeunes tunisiens.
Dans les écoles, comme à Chartainvilliers, l’instituteur, est mobilisé sur le front. Sa femme le supplée comme secrétaire de Mairie, et c’est une remplaçante, Mlle LORENT, qui vient donner la leçon aux élèves du village, à partir de la rentrée du 27 septembre 1915.

Avisé par Monsieur FOUCAULT, instituteur titulaire du poste de Chartainvilliers mobilisé, du désir de ne plus continuer à assurer le logement de l’institutrice intérimaire qui le remplace dans la seule chambre disponible du logement occupé par Madame FOUCAULT, [dans notre actuelle Mairie], le Conseil municipal décide de voter, en janvier 1916, à Mlle LORENT, intérimaire, la somme de onze francs par mois comme indemnité représentative de logement due au personnel de l’enseignement public. Cette indemnité est supérieure aux 125 F par an maximum, pouvant être attribués pour une commune de moins de 1 000 habitants.

L’organisation de l’école en temps de guerre

A travers le rapport sur la vie scolaire dans le département depuis la déclaration de guerre, publié dans le journal Le Progrès du 30 janvier 1916, on peut apprendre que la déclaration de guerre eut pour conséquences immédiates l’appel de près de deux cents instituteurs et, dans les localités importantes, la réquisition d’une partie des immeubles scolaires pour des fins diverses…

« Dans l’agglomération de Chartres, la réquisition des écoles fut particulièrement gênante ; jusqu’à Pâques, à cause de l’insuffisance des locaux provisoires, une partie des élèves ne purent bénéficier que de classe de demi-temps.

Le personnel de remplacement qui comprend près de deux cents maîtres et maîtresses est composé d’instituteurs et de quelques institutrices en retraite, quelques instituteurs et un nombre plus élevé d’institutrices réfugiées des départements envahis, des jeunes gens et des jeunes filles qui étaient déjà occupés avant la guerre comme maîtres auxiliaires auxquels sont venus se joindre beaucoup d’autres jeunes gens et jeunes filles brevetés qui souhaitent presque tous rester dans l’enseignement…

Au début des hostilités, des garderies de vacances, assez souvent avec cantine, furent organisées dans beaucoup de communes ; elles rendirent de grands services aux familles en laissant plus de liberté aux adultes et aux adolescents pour les travaux qui pressaient. Quelques jours après la rentrée d’octobre, les jeunes filles des écoles mixtes et des écoles spéciales étaient invitées à confectionner des vêtements chauds pour les soldats du front. Les instituteurs et les institutrices surent trouver l’argent nécessaire à l’achat de la laine et des tissus et les élèves travaillèrent tout l’hiver avec la plus louable ardeur. Dans un arrondissement, le nombre des effets remis à l’inspection primaire s’est élevé à plus de six mille…

Les maîtres et leurs élèves ont été pour beaucoup dans le succès des diverses « journées » qui ont été organisées : Noël aux armées, journée du 75, journée serbe, journée française…

Le nombre des cours d’adultes pour hommes a été réduit de près de moitié… Il en est ainsi à Chartainvilliers, où le Conseil municipal, qui en août 1915 avait demandé des subventions pour la tenue d’un cours d’adultes, dans sa séance du 14 novembre 1915 décide, vu la mobilisation des jeunes classes qui fréquentaient le cours d’adultes et l’importance des travaux de la campagne, qu’il ne sera pas fait de cours d’adultes pendant l’hiver 1915-1916.

Et là où ils furent maintenus, l’objet habituel des cours fut modifié assez profondément… Auditeurs et auditrices furent régulièrement renseignés sur la guerre (cause, faits, espoirs…) ; l’amour de la patrie et la confiance dans ses destinées furent exaltés…

Dans un département essentiellement agricole, l’éducation physique des jeunes gens, généralement robustes, ne devait pas retenir beaucoup les efforts des maîtres ; ils ont eu l’impression d’être plus utiles à la patrie, et collaborer un peu à sa défense, en faisant plus servir les sociétés de tir à la carabine organisée au sein des amicales d’anciens élèves ; les séances de tir furent tenues même pendant les mois d’hiver et régulièrement suivies… ».

A Chartainvilliers, rappelons qu’une société de tir "La Patriote", dont l’instituteur était le Président, existe depuis 1899.

Les animaux aussi sont concernés par la guerre

En plus des hommes, la guerre a grand besoin de nourriture, mais aussi de chevaux et autres bêtes de somme.

Dans l’attente des réquisitions de l’autorité militaire, les animaux sont consignés dans les fermes.
Lorsqu’ils créent des dégâts les propriétaires sont indemnisés.

A Chartainvilliers, dans sa séance du 8 février 1915, le Conseil municipal décide de payer à Madame GUERIN une somme de 21 f. pour des réparations de bris de râteliers faits par des chevaux de mobilisation. Les dépenses, n’ayant pas été constatées par l’autorité militaire, restent moitié à la charge de la commune, moitié à la charge de la propriétaire de la ferme.

Inquiétudes pacifistes

Dans le département, des activités « pacifistes » sont détectées dès février 1915.

A Brou, les gendarmes ont saisi trois cartes postales qui se trouvaient à l’étalage de Mme veuve Thierry, épicière. Mme Thierry avait reçu la visite, dans le courant du mois de janvier, d’une nommée Specht, se disant représentante de la maison « Aux Alliés », 8, rue Cadet, à Paris.

La commerçante avait répondu aux offres de la femme Spetch en achetant 400 cartes postales, mais en outre de celles choisies, elle reçut dernièrement les trois cartes saisies.
Ces cartes portaient les mots : « Il faut lui dire de revenir, la guerre devrait bientôt finir. Quand la guerre sera finie notre bonheur sera infini. Reviens bien vite, reviens bientôt et reçois mille bons bécots. »

A la fin 1915, sur demande du Ministère de l’Intérieur, le Préfet vérifie s’il y a diffusion de propagande pacifiste. En réponse, le Sous-préfet de Nogent-le-Rotrou répond par la négative : « Si des brochures ou tracts ont pu toucher, ce que je ne pense pas, certaines personnes, elles n’ont en rien ébranlé la confiance de nos populations dont le patriotisme et le robuste bon sens résisteraient certainement à toutes tentatives de propagande ».

Dans le même temps, le Sous-préfet de Châteaudun demande au juge de paix de Brou de « donner des instructions verbales et confidentielles… au directeur du Journal de Brou », pour « interdire tous les articles pour ou contre la paix de façon à éviter des polémiques intempestives sur cette question ».

C’est dans ce contexte que s’annonce l’année 1916. Année de la publication, et du Prix Goncourt, du roman d’Henri Barbusse « Le Feu ».

Paroles d’écrivain

Des instituteurs sont sous-officiers à la compagnie ou infirmiers. Dans le régiment, un frère mariste est sergent au service de santé ; un ténor, cycliste du major ; un avocat, secrétaire du colonel ; un rentier, caporal d’ordinaire à la Compagnie Hors Rang. Ici, rien de tout cela. Nous sommes des soldats combattants, nous autres, et il n’y a presque pas d’intellectuels, d’artistes ou de riches qui, pendant cette guerre, auront risqué leurs figures aux créneaux, sinon en passant, ou sous des képis galonnés.

Oui, c’est vrai, on diffère profondément. Mais pourtant on se ressemble.

Malgré les diversités d’âge, d’origine, de culture, de situation, et de tout ce qui fut, malgré les abîmes qui nous séparaient jadis, nous sommes en grandes lignes les mêmes. À travers la même silhouette grossière, on cache et on montre les mêmes mœurs, les mêmes habitudes, le même caractère simplifié d’hommes revenus à l’état primitif.
Le même parler, fait d’un mélange d’argots d’atelier et de caserne, et de patois, assaisonné de quelques néologismes, nous amalgame, comme une sauce, à la multitude compacte d’hommes qui, depuis des saisons, vide la France pour s’accumuler au Nord-Est.


Et puis, ici, attachés ensemble par un destin irrémédiable, emportés malgré nous sur le même rang, par l’immense aventure, on est bien forcé, avec les semaines et les nuits, d’aller se ressemblant. L’étroitesse terrible de la vie commune nous serre, nous adapte, nous efface les uns dans les autres. C’est une espèce de contagion fatale. Si bien qu’un soldat apparaît pareil à un autre sans qu’il soit nécessaire, pour voir cette similitude, de les regarder de loin, aux distances où nous ne sommes que des grains de la poussière qui roule dans la plaine.
On attend. On se fatigue d’être assis : on se lève. Les articulations s’étirent avec des crissements de bois qui joue et de vieux gonds : l’humidité rouille les hommes comme les fusils, plus lentement mais plus à fond.


On est là, implantés, oisifs. Ce sera dur, aujourd’hui, de venir à bout de la journée, de se débarrasser de l’après-midi. On grelotte, on est mal ; on change de place sur place, comme un bétail parqué.
Cocon explique à son voisin la disposition de l’enchevêtrement de nos tranchées. Il a vu un plan directeur et il a fait des calculs. Il y a dans le secteur du régiment quinze lignes de tranchées françaises, les unes abandonnées, envahies par l’herbe et quasi nivelées, les autres entretenues à vif et hérissées d’hommes. Ces parallèles sont réunies par des boyaux innombrables qui tournent et font des crochets comme de vieilles rues. Le réseau est plus compact encore que nous le croyons, nous qui vivons dedans. Sur les vingt-cinq kilomètres de largeur qui forment le front de l’armée, il faut compter mille kilomètres de lignes creuses : tranchées, boyaux, sapes. Et l’armée française a dix armées. Il y a donc, du côté français, environ dix mille kilomètres de tranchées et autant du côté allemand… Et le front français n’est à peu près que la huitième partie du front de la guerre sur la surface du monde.
Ainsi parle Cocon, qui conclut en s’adressant à son voisin : — Dans tout ça, tu vois ce qu’on est, nous autres…


L’entente des démocraties, l’entente des immensités, la levée du peuple du monde, la foi brutalement simple… Tout le reste, tout le reste, dans le passé, le présent et l’avenir, est absolument indifférent.
Et un soldat ose ajouter cette phrase, qu’il commence pourtant à voix presque basse :
— Si la guerre actuelle a fait avancer le progrès d’un pas, ses malheurs et ses tueries compteront pour peu.
Et tandis que nous nous apprêtons à rejoindre les autres, pour recommencer la guerre, le ciel noir, bouché d’orage, s’ouvre doucement au-dessus de nos têtes. Entre deux masses de nuées ténébreuses, un éclair tranquille en sort, et cette ligne de lumière, si resserrée, si endeuillée, si pauvre, qu’elle a l’air pensante, apporte tout de même la preuve que le soleil existe.




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